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Des moulins et des gens d’ici
par Guylaine Hudon le 2020-04-08

Le moulin seigneurial de Bonsecours ou moulin Calixte Thibault (1763-1922) :

l’histoire complète

Troisième partie – Le moulin seigneurial (1770-1854)

Le mois dernier, on a présenté les faits entourant la construction du moulin seigneurial. Ce mois-ci, on détaille l’histoire du moulin jusqu’à la fin du régime seigneurial en 1854. Il est important de noter qu’à cette époque, le seigneur est propriétaire du moulin, et non le meunier. Celui-ci est employé par le seigneur. La liste des seigneurs propriétaires présentée ici ne correspond donc pas à celle des meuniers qui ont opéré le moulin.

Le moulin sous Bertrand Alif (1770-1796)

À sa mort le 25 février 1772, Jean-François Bélanger, l’ancien seigneur ayant fait construire le moulin, ne possède plus aucun droit seigneurial, puisqu’il les a tous vendus à Alif et Parisy. Cependant, la demi-part dans son moulin qu’il a conservée est léguée à sa veuve Marie-Louise Caron et à ses fils. Bertrand Alif rachète progressivement ces parts dans les années suivantes, de même que les droits seigneuriaux de coseigneurs mineurs.

À cette époque, le moulin seigneurial est appelé « le petit moulin à l’eau des Belles-Amours » selon un contrat de 1795. Ce même contrat le situe ?sur un bras de la rivière à la Tortue », alors qu’un de 1774 le localise « dans les Belles-Amours au second rang », ce qui confirme qu’il s’agit bien du même moulin que celui de Calixte Thibault.

Le moulin sous James McCallum (1796-1825)

Le 1er avril 1796, Pierre Bélanger (1763-1837), petit-fils du seigneur Jean-François Bélanger, utilise le droit de retrait lignager pour racheter tous les droits seigneuriaux que son grand-père avait vendus à Bertrand Alis et Jean-Baptiste Parisy. Le retour de la famille Bélanger n’est que de très courte durée : onze jours plus tard, le 12 avril 1796, Pierre Bélanger revend toutes ses parts à James McCallum (1762-1825), riche marchand de Québec. En se portant acquéreur de la seigneurie et du moulin, James McCallum se garantit un approvisionnement en grains pour en faire le commerce. Il se démarque donc des précédents seigneurs par sa vision commerciale de la seigneurie.

Peu après son achat de la seigneurie, McCallum se bute à quelques accrocs. D’abord, le 30 avril 1796, il fait inspecter le moulin des Belles-Amours et les ingénieurs et ouvriers présents constatent le mauvais état du moulin. Le meunier en place depuis dix ans, Louis-François Coulombe, déclare « qu’il ne l’avait jamais vu dans un si mauvais ordre » et que « l’écluse dudit moulin tel qu’il est à présent est hors d’état de conserver l’eau ». En plus, les ouvriers présents déclarent « qu’ils n’ont trouvé aucun mouvement qui peut dépendre dudit moulin capable à faire de la farine bonne à contenter les habitants » et constatent que « même les dalles n’étaient d’aucune valeur, ainsi que la muraille du dit moulin se trouve beaucoup endommagée qu’elle demande être réparée avec beaucoup de frais ».

En plus, en juin 1798, la route du moulin tracée en 1763 est de nouveau la source de querelles. Des censitaires refusent de participer à des corvées de travaux sur la route. McCallum informe Jean-Baptiste Couillard-Després, inspecteur des chemins de L’Islet :

« La seule chose que vous avez à faire […] est que vous mettiez du monde à la place de ceux qui ne veulent pas travailler, et pour lors vous les poursuivrez pour les frais et pour l’amende. C’est votre devoir de faire cela parce que le Grand Voyer dans sa tournée s’en prendra à vous si le chemin n’est pas fait alors ».

En 1803, McCallum loue le moulin à Archibald McCallum, sans doute un proche parent, contre les deux tiers des moutures. Neuf ans plus tard, il le reloue à un autre meunier, en échange du quart des profits et en se réservant le droit de faire moudre son grain à bas prix.

Le moulin sous la famille Casgrain (1827-1873)

Le 3 octobre 1825, deux mois avant sa mort, James McCallum cède ses biens, incluant la seigneurie Bonsecours et son moulin, à ses fils Daniel, Duncan et Colin. Ces derniers liquident les propriétés de leur père lors d’une vente aux enchères le 7 décembre 1827. Les droits dans la seigneurie et dans le moulin sont achetés par Pierre Casgrain (1771-1828), ancien partenaire d’affaires de McCallum et seigneur de Rivière-Ouelle. Ce dernier décède un peu moins d’un an plus tard, le 17 novembre 1828. Ses parts dans la seigneurie de Bonsecours sont alors léguées à son fils Olivier-Eugène Casgrain (1812-1864).

À l’époque d’Olivier-Eugène Casgrain, de nouveaux moulins à farine seigneuriaux sont construits, sans doute pour répondre à la demande. Notons entre autres le Grand Moulin sur la rivière Bras-Saint-Nicolas (1846) et le moulin de Jean-Baptiste Couillard-Després dans la seigneurie L’Islet Saint-Jean (1841), aujourd’hui occupé par l’Auberge des Glacis.

Le régime seigneurial est aboli en 1854, Casgrain devient alors le dernier seigneur officiel de Bonsecours. À ce moment, le moulin perd son titre de moulin banal et devient propriété privée de Casgrain. Cependant, il a assurément continué de l’exploiter comme avant, avec des meuniers employés par lui.

Le mois prochain, on poursuit l’histoire du moulin après la fin du régime seigneurial, avec l’arrivée de Calixte Thibault.

Tristan Morin


Carte des seigneuries de L’Islet montrant le moulin à farine du seigneur Casgrain en 1834. Photo : BAnQ Québec.

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